| L'HYPNOSE…MOI, J'OSE |
Pour arrêter de fumer, lutter contre la douleur, ou en renfort d'un traitement plus musclé, l'hypnose gagne ses lettres de noblesse. Le point sur cette méthode qui, il y a peu, sentait le soufre. Par Sylvie Fontègne
Confortablement installée dans un large fauteuil en cuir, entre une blonde d'une quarantaine d'années et un homme en costard-cravatte, j'essaie de me détendre. L'hypnothérapeute nous invite d'une voix suave à étendre les mains sur les genoux jusqu'à ce que l'on ressente des picotements au bout des doigts. Par association d'images, il parle du mécanisme de l'addiction. Sa voix douce et monocorde me berce. Mon cerveau est captivé ; il parle d'enfermement, et, par opposition, du bonheur de faire du bien à son corps…Ma voisine se met à ronfler. J'ai le sentiment confus que l'une après l'autre, tel un calendrier de l'avent, de petites portes s'ouvrent dans le fin fond de mon cerveau. Ma tête est lourde, ma bouche pend lamentablement, j'essaie de résister. Au bout de trente minutes, il nous invite à nous réveiller. Dix minutes plus tard, un peu groggy, je monte dans un taxi, direction le bureau. Ca fait une semaine que je n'ai pas touché à une cigarette. Louise, 35 ans, architecte. Deux siècles après sa naissance, l'hypnose, libérée du Dr Jean Martin Charcot, ne sert plus à démontrer l'existence de l'inconscient. Aujourd'hui, les formations universitaires à destination des médecins refusent du monde, dont de nombreux anesthésistes. Quatre hôpitaux sur dix ont leur consultation spécifique, contre un petit tiers il y a dix ans. En ville, généralistes, gastro-entérologues, dentistes, psychiatres ou psychologues intègrent peu à peu l'hypnose à leur pratique. Gros plan sur les atouts qui font de cette thérapie une alternative des temps modernes. Ce n'est pas un numéro de cirque, mais une technique déjà éprouvée Elle varie selon le praticien La pratique des thérapeutes d'aujourd'hui se partage en deux écoles amies. « L'hypnose traditionnelle se base sur la suggestion directe, détaille le Dr Victor Simon (1) . Le thérapeute vous dit que vos paupières sont lourdes, très lourdes, qu'elles vont se fermer et que vous serez profondément détendu ». Il guide ensuite son patient vers la guérison, en lui proposant une solution, par exemple ressentir des nausées en cas de crise de boulimie. « L'hypnose ericksonienne, du nom de son créateur, le psychiatre américain Milton H. Erickson, considère que l'inconscient, auquel l'état hypnotique permet d'accéder, constitue un réservoir de ressources dans lequel le patient peut puiser des solutions, explique le Dr Simon. On ne suggère pas la guérison au patient. Il la trouve. » Pour l'y aider, le thérapeute utilise des métaphores. Une personne « engluée » dans un problème peut se voir proposer d'entreprendre un voyage imaginaire en montgolfière. A elle de couper les liens qui la rattachaient au sol, et de parvenir à se décharger des sacs de sable qui l'empêchaient de s'élever. Elle ne se réduit pas au sommeil Hypnos était le dieu grec du sommeil. Mais « l'hypnose est tout sauf un sommeil confirme le Dr Simon. Le patient se trouve dans un état d'hyperactivité mentale, comme les techniques d'imagerie cérébrale l'ont démontré. » Quelle différence avec l'éveil ? « les patients laissent la raison, la logique, la maîtrise pour accéder à un autre espace, celui de la sensation, de la lucidité, de l'intuition, et cela dans une liberté totale » ajoute le Dr Jean-Marc Benhaiem (2) . Elle donne des ailes « Nous partons du principe que la maladie ou le symptôme résultent d'une immobilisation du patient dans un système complexe dont il ne parvient pas à sortir », souligne le Dr Benhaiem. Le travail du thérapeute consiste à trouver comment nous remettre en mouvement, en fonction de nos ressources. En se détachant de la réalité (état hypnotique), on parvient à visualiser le problème qui nous bloque comme s'il était extérieur. Ainsi, on peut le « manipuler » et le résoudre. Cette remise en mouvement permet de se projeter dans le futur et d'avancer. Elle est naturelle L'état hypnotique n'a rien de magique. Il est physiologique. Nous y entrons de façon spontanée. Lecture passionnante, ou plongée éperdue dans les yeux de l'être aimé, les situations sont nombreuses où notre esprit se déconnecte et rentre en hypnose. Pour parvenir à vous plonger dans cet état, le thérapeute va utiliser le langage : il vous demandera par exemple de fixer un point ou de vous concentrer sur une sensation corporelle. Il entretien ensuite ce phénomène naturel dans un but thérapeutique. Elle peut s'utiliser en complément Son indication majeure ? la douleur aiguë (soins dentaires, ponction lombaire) ou chronique (migraine, arthrose, mal de dos), même si elle est très intense (brûlure, cancer). Les addictions (cannabis, tabac, alcool ou médicaments), les dermatoses (eczéma, psoriasis…), les problèmes digestifs (côlon irritable, recto-colite hémorragique…) ou psychologiques (dépression, stress, anxiété, troubles du sommeil ou de la sexualité…) y trouvent également des réponses. « L'hypnose est un outil thérapeutique utilisé seul ou en complément d'une autre méthode de traitement », précise le Dr Benhaiem. Lors d'une intervention chirurgicale, l'hypnose permet d'éviter l'anesthésie générale avec, au final, des doses d'anesthésiques cinq fois moindres, une diminution de 20 % des douleurs au réveil et la réduction des durées d'intervention autant que d'hospitalisation (Source : « Science et vie ») . Elle a fait ses preuves « De très nombreuses études cliniques menées avec une grande rigueur scientifique ont prouvé de façon formelle l'efficacité de l'hypnose », argumente le Dr Victor Simon. Sur la douleur, par exemple, près de cinq cents travaux d'évaluation ont été menés ces vingt dernières années. Selon l'OMS (3 ) (Organisation mondiale de la santé), « des essais contrôlés établissement également de manière convaincante que l'hypnose et les techniques de relaxation peuvent soulager l'anxiété, les sentiments de panique et l'insomnie ». Pour le sevrage du tabac, « la réalité se situe aux alentours de 40 % de réussite », tranche le Dr Benhaiem. Elle n'est pas la panacée L'hypnose ne prétend ni tout soigner, ni tout régler. « Des échecs, nous en connaissons », reconnaît le Dr Benhaiem. Les causes ? Consulter à la demande d'un proche, ne pas être prêt à guérir, par exemple, parce que l'on trouve un certain équilibre dans la maladie…Mais pour le Dr Simon, l'échec relève d'abord et avant tout « du thérapeute qui n'a pas bien compris la demande du patient. En revanche, ne pas croire à l'efficacité de l'hypnose n'a jamais empêché les consultants d'entrer dans un état hypnotique plus rapidement que prévu ! ». Elle constitue une alternative Entre divan et médicament , l'hypnose chemine sur une voie originale. Il ne s'agit pas d'effacer le symptôme grâce à une molécule chimique. « Notre but n'est pas de chercher dans la petite enfance l'origine du problème, mais de chercher comment le patient va s'en sortir », résume le Dr Simon. Et la thérapie est toujours brève. Trois à six séances suffisent en moyenne, parfois moins (1 à 3 pour le sevrage tabagique). Elle ne comporte aucun danger Le mot « hypnose » évoque immanquablement l'image d'un personnage de music-hall investi du pouvoir quasi surnaturel de vous faire exécuter un peu tout et surtout n'importe quoi… « L'hypnose médicale n'a rien à voir avec ces démonstrations de foire, insiste le Dr Benhaiem. Nous sommes des hypnothérapeutes, pas des hypnotiseurs. L'hypnose pratiquée pour soigner, dans un cadre médical, par un praticien expérimenté, ne fait courir aucun danger. » Une innocuité que confirme le Dr Simon : « Il n'y a pas de prise de pouvoir u thérapeute. Le patient en état hypnotique garde son libre-arbitre. Ce qu'il ne veut pas faire parce que, par exemple, cela ne correspond pas à ses valeurs ou à ses croyances, il ne le fera pas ! » Elle a fait son entrée à la Faculté Des chirurgiens français utilisaient l'hypnose au XIX e siècle. A la même époque, Freud assistait aux démonstrations publiques de « transes hypnotiques » du neurologue Charcot,à la Salpêtrière. Les médecins britanniques et américains reconnaissent de façon officielle l'hypnose depuis les années 1950. « Ce qui n'est pas encore le cas en France » déplore le Dr Simon. Si de plus en plus de professionnels de santé (dentistes, psychiatres…) l'utilisent aujourd'hui, en cabinet comme à l'hôpital, le nombre des thérapeutes qualifiés reste limité (2'000 à 3'000). Gage d'évolution, un diplôme universitaire (DU) existe depuis 2001 à la faculté de médecine de la Pitié-Salpêtrière. « Un début de reconnaissance », note le Dr Benhaiem, directeur du DU. Notes : Directeur de l'Institut de médecine psychosomatique et d'hypnose clinique, et webmaster du site www.hypnose.org . Membre de l'Association française pour l'étude de l'hypnose médicale ( www.hypnose-médicale.com ). Stratégie mondiale pour les médecins traditionnelles ou parallèles, mai 2002. Choisir son hypnothérapeute Les diplômes La précaution minimale consiste à choisir un médecin ou un(e) psychologue. Leur formation constitue une garantie d'éthique autant que de compétences. De même, tout symptôme physique (mal de dos, nausées…) doit faire auparavant l'objet d'un avis médical. L'offre de services L'hypnose médicale a pour objectif de soigner, en réponse à la demande d'un patient. La plus grande méfiance s'impose face à tous ceux qui vous proposeraient, en prime, de vous faire retrouver un boulot de rêve, ou de vous transformer en icône irrésistible… La durée D'une demi-heure à une heure. Si elle dure un quart d'heure, le thérapeute risque d'être un charlatan. Par ailleurs, une absence d'amélioration au bout de 4 à 5 séances doit être remise en question. Le prix De 80 à 200 Chf. la séance (remboursés au tarif d'une consultation si le thérapeute est médecin). Au-delà de ce tarif, méfiez-vous, le praticien est sans doute plus intéressé par votre porte-monnaie que par votre santé. Et l'autohypnose ? Son principe Se plonger dans un état hypnotique toute seule, sans thérapeute, pour désamorcer une crise d'angoisse naissante, arrêter net un début de migraine, se sevrer du tabac…La maîtrise de l'autohypnose passe par des exercices que propose le livre du Dr Benhaiem (« Oubliez le tabac, la méthode révolutionnaire pour arrêter de fumer » du Dr Jean-Marc Benhaiem – Albin Michel). Comment procéder ? L'exercice suivant consiste à appréhender la phase d'induction, préalable à l'état hypnotique. Regardez fixement un objet brillant ou un point dans la pièce où vous vous trouvez, jusqu'à ce que cela devienne pénible et fatigant. Prenez le temps nécessaire pour fixer uniquement ce point. Notez les modifications qui apparaissent dans votre champ visuel, en particulier le temps qu'il vous faut pour que votre vue se trouble dans la périphérie du point fixe. Puis lâchez le point et ouvrez l'espace en parcourant du regard l'ensemble du décor qui vous environne. Notez comme la vue devient claire et précise. De nouveau, fixez un point le temps qu'il faut puis remarquez comment le flou visuel réapparaît. « Marie-France », novembre 2005 |